Mizuhiki et noshi : lire les cordons et ornements des cadeaux japonais

Enveloppes de cadeau japonaises en papier washi ornées de cordons mizuhiki noués, dorés, rouges et blancs, avec un noshi plié en haut à droite
Photo : Mayumi Maciel / Pexels

Dans une papeterie japonaise, le rayon des enveloppes peut dérouter. Certaines sont blanches et sobres, d’autres couvertes de cordons dorés tressés en fleur, avec un petit losange de papier plié dans le coin. Ces cordons s’appellent mizuhiki (水引), le losange est un noshi (熨斗). Leur couleur, leur nœud et même le nombre de brins indiquent l’occasion : naissance, mariage, visite à un malade ou funérailles. Ces détails rendent souvent l’intention du cadeau visible avant même l’ouverture.

Le choix du nœud dépend d’abord de l’occasion. L’histoire de ces cordons et du noshi aide à comprendre les repères employés pour un mariage, une naissance ou un deuil.

Enveloppes de cadeau japonaises en papier washi ornées de cordons mizuhiki noués, dorés, rouges et blancs, avec un noshi plié en haut à droite
Enveloppes à mizuhiki et noshi. Photo : Mayumi Maciel / Pexels

Le mizuhiki, un cordon de papier tiré dans l’eau

Un brin de mizuhiki est une fine bande de papier washi torsadée en cordon (koyori), puis raidie à la colle. Le grand magasin Takashimaya explique le nom par cette étape : à l’époque de Muromachi (1333-1568), on enduisait les cordons d’une colle à l’eau pour qu’ils ne se détordent pas, d’où « tirer » (hiku) dans « l’eau » (mizu). Une autre lecture, rapportée par Nippon.com, associe l’eau à la purification : le cordon laverait l’impureté du présent.

L’origine exacte reste incertaine. La version la plus citée remonte à l’époque d’Asuka : des présents rapportés de la Chine des Sui auraient été liés d’un cordon de chanvre rouge et blanc. Le portail gouvernemental Web Japan reste plus prudent : il retient que des cordons de chanvre rouge et blanc ornaient déjà les offrandes aux plus hautes autorités avant le IXe siècle, que le papier les a remplacés entre le IXe et le XIIe siècle, et que l’usage s’est fixé comme règle de savoir-vivre courante entre le XVIIe et le XIXe siècle.

Le cordon ferme le paquet et indique qu’il n’a pas été ouvert. Sa forme et ses couleurs expriment aussi un vœu lié à l’occasion du cadeau.

Trois nœuds, trois messages

Tout repose sur une idée simple : un nœud qui se défait facilement souhaite que l’événement se répète, un nœud qui ne se défait pas souhaite qu’il n’arrive qu’une fois.

Le chōmusubi, le nœud papillon

Le chōmusubi (蝶結び), aussi appelé hanamusubi ou morowana musubi, ressemble à une boucle de lacet. Il se dénoue en tirant un brin et se refait sans peine. On l’emploie pour les joies qu’on peut souhaiter revivre : une naissance, une entrée à l’école, un succès, ou un cadeau ordinaire. Takashimaya précise qu’il convient à la plupart des célébrations, sauf le mariage lui-même. Un anniversaire de mariage, lui, peut recevoir un nœud papillon.

Le musubikiri, le nœud serré

Le musubikiri (結び切り), ou ma-musubi, est un nœud fixe, serré et difficile à défaire. Il sert pour ce qui ne doit arriver qu’une fois : le mariage, les funérailles, mais aussi la visite à un malade ou à un blessé. Selon le guide de Nippon.com, l’enveloppe offerte à un malade reste rouge et blanche pour souhaiter le rétablissement, avec un nœud serré pour que la situation ne se reproduise pas.

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L’awaji musubi, le nœud d’ormeau

L’awaji musubi (あわじ結び), dit aussi awabi musubi, le « nœud d’ormeau », forme une boucle entrelacée qui rappelle la coquille de ce coquillage. C’est une variante du nœud serré : ses deux bouts tirés renforcent le lien. Takashimaya le classe parmi les nœuds utilisables dans les deux registres, joie comme deuil. L’artisane Morita Eriko, interrogée par Nippon.com, le décrit comme la base de presque toutes les créations décoratives en mizuhiki.

Ces correspondances sont des repères généraux. Takashimaya rappelle que les usages varient selon les régions et les familles, et indique lui-même qu’il suit ceux des environs de ses magasins.

Couleurs et nombre de brins

La couleur affine le message. Le rouge et blanc couvre les célébrations en général, mariage compris. L’or et argent est réservé aux grandes occasions, mariage et anniversaires de longévité. Pour un deuil, on trouve le noir et blanc, le jaune et blanc et le double argent. Le jaune et blanc est surtout employé autour de Kyoto, selon l’article de Wikipédia en japonais consacré au mizuhiki. Takashimaya donne aussi une règle de pose : la couleur la plus foncée se place à droite, le rouge à droite du blanc, l’or à droite de l’argent.

Le nombre de brins compte aussi. Les nombres impairs passent pour favorables : on trouve des faisceaux de trois, cinq ou sept brins, et Web Japan note que le jeu de cinq est devenu la norme dans la plupart des cas. Le mariage fait exception avec dix brins, deux fois cinq, que Takashimaya nomme meoto mizuhiki, le mizuhiki du couple, pour signifier l’union de deux familles. Morita Eriko rapporte une autre lecture du chiffre cinq : autant que les doigts d’une main, comme deux mains qui se joignent.

Le noshi, un ormeau devenu papier

Le petit ornement en haut à droite des enveloppes de fête a une histoire plus étonnante. À l’origine, le noshi était une lamelle d’ormeau séché, le noshi-awabi : on découpait la chair en longs rubans très fins, puis on l’étirait et on la faisait sécher. Le nom vient du verbe nosu, « étirer ». L’ormeau passait pour un aliment de longévité et faisait partie des offrandes les plus prestigieuses aux divinités. On en joignait un morceau aux présents comme vœu de bonheur.

Avec le temps, une représentation de l’ormeau a souvent remplacé la lamelle réelle. Le noshi courant est aujourd’hui un papier plié rouge et blanc, l’ori-noshi, qui enveloppe une bande jaune figurant l’ormeau. L’étape suivante est le noshi imprimé, et même le simple mot のし écrit en hiragana. Un papier d’emballage imprimé d’un noshi et de mizuhiki s’appelle noshi-gami. Pour un deuil, le même papier sans noshi prend le nom de kake-gami.

Deux règles découlent de cette origine. On ne met pas de noshi sur une offrande de deuil, puisqu’il est un signe de fête. Selon Nippon.com, l’usage traditionnel l’omet aussi sur un cadeau de produits de la mer : l’ormeau ferait double emploi. La notice japonaise de Wikipédia relève toutefois que des cadeaux alimentaires contemporains en portent malgré cette règle ancienne.

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À Kuzaki, l’ormeau étiré existe toujours

Le geste d’origine survit dans un village de plongeuses ama de la péninsule de Shima. À Kuzaki, dans la ville de Toba (préfecture de Mie), un atelier rattaché au sanctuaire d’Ise, le Jingū goryō awabi chōseisho, prépare encore des ormeaux séchés pour trois grandes fêtes du sanctuaire : les tsukinami-sai de juin et décembre et le kanname-sai d’octobre. Selon l’office de tourisme d’Ise-Shima, le travail a lieu de juin à août : les ormeaux sont tranchés en fines bandes, comme on pèle un fruit, puis séchés sur un séchoir en cyprès hinoki. La tradition locale relie cette offrande à la princesse Yamatohime, à qui une plongeuse aurait présenté un ormeau. La fabrication est inscrite au patrimoine culturel immatériel de la préfecture de Mie. Pour situer Ise dans le paysage religieux japonais, notre article pour distinguer un temple d’un sanctuaire donne les repères de base.

Les enveloppes d’argent : shūgibukuro et kōden

Le mizuhiki se voit le plus souvent sur les enveloppes d’argent. Au Japon, on ne tend pas des billets nus : l’argent se glisse dans une enveloppe intérieure, elle-même pliée dans un papier washi tenu par le cordon. Le guide de Nippon.com, supervisé par Shibazaki Naoto, enseignant de l’étiquette de l’école Ogasawara, rattache cette pratique à l’art des familles de samouraïs d’envelopper un présent dans du washi.

L’enveloppe de fête s’appelle shūgibukuro (祝儀袋). Elle porte un noshi et un mizuhiki adapté. L’enveloppe de condoléances, pour le kōden (香典), n’a jamais de noshi et se noue en noir et blanc, jaune et blanc ou argent. Quelques usages que le même guide signale :

  • pour une fête, des billets neufs, jugés purs ; pour un deuil, plutôt des billets déjà utilisés, sinon la mort aurait été « prévue » ;
  • une somme dont le premier chiffre est en général impair, surtout pour un mariage, en évitant 4 (shi, homophone de la mort) et 9 (ku, la souffrance) ;
  • au dos, le pli du bas recouvre celui du haut pour une fête, afin de « garder le bonheur », et l’inverse pour un deuil, pour que « la tristesse ne reste pas ».

La richesse de l’enveloppe suit en général le montant : un mizuhiki doré et fleuri pour une petite somme fait mauvais effet. Les enveloppes vendues en papeterie ou en grand magasin sont déjà pliées et nouées, et beaucoup portent une bande à inscrire. On y lit souvent 寿 (kotobuki, félicitations) ou 御祝 (o-iwai, célébration). Notre page sur ce que sont les kanji aide à reconnaître ces caractères.

Le Nouvel An a sa petite version : l’otoshidama, l’argent donné aux enfants, se remet dans une pochibukuro, une enveloppe modeste dont le nom signifie « un petit peu ». Nippon.com fait remonter l’otoshidama au kagami mochi, la galette de riz partagée en début d’année, décrite dans notre article sur les décorations du Nouvel An japonais.

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Où voir et trouver des mizuhiki

Les deux grands centres de production mentionnés par Wikipédia en japonais sont Iida, dans la préfecture de Nagano, et Shikokuchūō, dans la préfecture d’Ehime. Leur point commun est le papier. À Iida, on fabriquait sous Edo des motoyui, les cordons qui tenaient les chignons. Quand le gouvernement Meiji a encouragé l’abandon du chignon, les artisans se sont reportés sur le mizuhiki. À Kanazawa, le kaga mizuhiki s’est fait une spécialité des formes en relief : grues, tortues, pins et bambous qui ornent les cadeaux de fiançailles.

Sans aller jusqu’aux ateliers, les rayons de papeterie des grands magasins montrent toute la gamme, du modèle imprimé au shūgibukuro tressé à la main. Web Japan cite la papeterie Itoya, qui propose des créations en mizuhiki prisées des visiteurs étrangers. Nippon.com indique que des brins nus de 90 centimètres se trouvent jusque dans les boutiques à 100 yens pour qui veut s’essayer au nœud d’ormeau. Le mizuhiki sert aussi désormais à des bijoux et à de petits objets de décoration, dans des couleurs qui dépassent largement le rouge, le blanc et l’or.

Si vous rapportez un cadeau emballé à la japonaise, le furoshiki joue un rôle voisin : il porte et protège le présent, quand le mizuhiki et le noshi en disent l’intention. Notre article sur l’omotenashi prolonge cette question de l’attention portée à l’autre.

Ce qu’il faut retenir pour un mariage ou une visite

Pour un mariage, choisissez un shūgibukuro rouge et blanc ou or et argent, à nœud serré ou à nœud d’ormeau, jamais à nœud papillon, avec un noshi. Pour une naissance ou une réussite, le nœud papillon rouge et blanc convient. Pour une visite à un malade, rouge et blanc à nœud serré. Pour un deuil, une enveloppe noir et blanc, argent ou jaune et blanc selon la région, sans noshi. En cas de doute, demandez à un proche de la famille ou au vendeur : les usages locaux priment sur toute règle générale.

Sources