Chōchin : origine, types et usages de la lanterne en papier japonaise

Rangées de lanternes en papier blanc ornées d'un disque rouge et d'inscriptions calligraphiées, illuminées la nuit
Photo : AXP Photography / Pexels

Une rangée de lanternes blanches au-dessus d’une allée de sanctuaire, une boule rouge devant un petit bar à brochettes, un cylindre géant sous la porte d’un temple de Tokyo : au Japon, le chōchin (提灯) se repère partout. Cette lanterne en papier tendu sur une armature de bambou n’a plus besoin d’éclairer les rues depuis l’électricité, mais elle continue de signaler, d’accueillir et de décorer. Voici d’où elle vient, comment elle est fabriquée, comment distinguer ses principaux types et où la voir ou l’acheter en voyage.

Rangées de lanternes en papier blanc ornées d'un disque rouge et d'inscriptions calligraphiées, illuminées la nuit
Lanternes en papier illuminées de nuit, photographiées selon leur auteur au sanctuaire Yasaka de Kyoto. Photo : AXP Photography / Pexels

Une lanterne qui se replie

Un chōchin est une lanterne faite de washi, le papier japonais, collé sur des cercles ou une spirale de fines lamelles de bambou, avec à l’origine une bougie à l’intérieur. Sa particularité est de se replier : les anneaux s’écrasent les uns sur les autres et la lanterne se range à plat, ce qui en faisait un éclairage portatif.

Les deux kanji du mot résument cet usage. 提 désigne le fait de porter quelque chose suspendu à la main, 灯 la lumière. Si vous apprenez à lire les caractères (notre article sur les kanji, hiragana et katakana explique comment ils se combinent), 提灯 est un bon exemple de mot dont le sens se devine à partir de ses composants, même si sa lecture chōchin ne se devine pas.

De la lanterne-panier à la lanterne pliante

La chronologie exacte reste approximative, et les sources ne mettent pas toutes l’accent sur les mêmes dates. Le conseil des industries locales d’Odawara rappelle qu’un écrit de 1085 mentionne déjà le chōchin. La page consacrée à l’artisanat par le gouvernement métropolitain de Tokyo situe les premiers exemples utilisés au début du XVIe siècle, pendant l’ère Bunki (1501-1504), sous la forme de lanternes logées dans un panier de bambou. Les prototypes repliables seraient apparus pendant l’ère Tenbun (1532-1555), puis la forme actuelle, faite d’anneaux de bambou fendu recouverts de papier et d’une base plate pour la bougie, s’est fixée à l’époque Azuchi-Momoyama.

Le chōchin se diffuse ensuite largement pendant l’époque d’Edo (1603-1868). Le magazine gouvernemental Highlighting Japan relie cette popularité à celle des bougies japonaises, fabriquées à partir de cire végétale, et note que ces lanternes pliantes ont permis aux habitants de sortir et d’agir davantage la nuit, à une époque où l’éclairage public était presque inexistant. Les voyages des gens ordinaires se développent dans le même temps, et la lanterne devient un équipement de route.

Les principaux types que vous croiserez

Le chōchin d’Odawara, lanterne de voyageur

Odawara était une ville-étape du Tōkaidō, la route qui reliait Edo à Kyoto, juste avant le passage montagneux de Hakone. La ville attribue l’invention de son chōchin à un artisan nommé Jinzaemon, au milieu de l’époque d’Edo, qui l’aurait conçu et vendu aux voyageurs qui franchissaient Hakone. Ses anneaux sont indépendants et il se replie entre deux couvercles de bois, au point de pouvoir se glisser dans le revers du kimono : on l’appelait aussi futokoro chōchin, la lanterne de poche.

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Les fabricants locaux lui prêtent trois qualités. Les couvercles étaient taillés dans le bois sacré du temple Daiyūzan Saijō-ji, ce qui passait pour protéger le voyageur. La lanterne pliée tenait dans un vêtement. Enfin, ses lamelles de bambou sont taillées à plat, ce qui offre plus de surface de collage au papier et le rend plus résistant à la pluie et au brouillard.

Yumihari et takahari, les lanternes à manche

Le yumihari chōchin tient son nom de sa monture en forme d’arc (yumi), qui maintient la lanterne tendue. C’est celui que l’on voit dans les films d’époque, porté par les patrouilles, et dans les mains des jeunes qui participent aux fêtes de quartier. Le takahari chōchin est accroché en haut d’une longue perche pour les processions ; la page du gouvernement de Tokyo le signale en usage depuis le XVIIIe siècle. Pendant les grands matsuri japonais, ces lanternes portées accompagnent souvent les chars et les palanquins.

Le chōchin suspendu et ses inscriptions

Le modèle le plus courant aujourd’hui est la lanterne cylindrique ou en forme de tonneau, suspendue sans perche. À Tokyo, le travail des lettreurs est reconnu comme artisanat traditionnel de la ville depuis le 19 décembre 2007, sous le nom d’Edo tegaki chōchin (chōchin peints à la main d’Edo), dans les arrondissements de Taitō, Arakawa et Sumida. Les caractères y sont tracés au pinceau fin dans le style de lettrage dit d’Edo, plus libre que sur les senjafuda, les étiquettes de pèlerins que ces mêmes artisans préparent pour les portes des temples et sanctuaires.

Les blasons familiaux suivent une règle à part. Sur un chōchin, ils sont peints à l’encre noire sur fond blanc et dessinés pour rester lisibles de loin, ce qui les distingue de leur version sur kimono. Si ces motifs vous intriguent, notre article sur les kamon, emblèmes de famille japonais en détaille les formes et la signification. Les mêmes artisans peignent désormais aussi des logos, des personnages d’animation ou des prénoms étrangers transcrits en kanji.

Les lanternes de Gifu et de Yame, pour la fête des morts

Deux types régionaux sont désignés « artisanat traditionnel » par l’État japonais. Le Gifu chōchin l’est depuis 1995. Il associe le bambou local au papier fin de Mino et se reconnaît à ses décors peints d’herbes d’automne, de fleurs et de paysages ; sa forme la plus typique est le gosho chōchin, suspendu et en forme d’œuf. Le site touristique de la préfecture indique qu’il représentait environ 80 % de la production nationale dans les années 1950 et qu’il reste le premier en valeur expédiée. Le fabricant Ozeki, fondé en 1891 à Gifu, produit aussi depuis 1951 les luminaires en papier AKARI dessinés par le sculpteur Isamu Noguchi.

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Le Yame chōchin, dans la préfecture de Fukuoka, serait né au début du XIXe siècle. Sa technique dite ichijō rasen-shiki consiste à enrouler en spirale une seule lamelle de bambou, raboutée avec du papier et de la colle sur plusieurs dizaines de mètres. Le site touristique de Fukuoka précise qu’à partir de l’ère Taishō (1912-1926), les lanternes de Yame se sont surtout spécialisées dans le bon chōchin.

Ces lanternes de l’Obon, la période d’été consacrée aux ancêtres, sont placées dans les maisons pour guider, selon la croyance, les esprits des défunts de retour parmi les vivants. Cet usage familial est moins visible pour un voyageur que les lanternes des rues et des temples.

Lanternes rouges, lanternes de bars

Façade en bois d'un petit restaurant japonais le soir, éclairée par plusieurs lanternes en papier blanc suspendues sous l'avant-toit
Lanternes suspendues sous l’avant-toit d’un petit restaurant japonais, le soir. Photo : Tien Nguyen / Pexels

Dans la rue, le chōchin sert d’enseigne. Le magazine niponica, publié par le ministère japonais des Affaires étrangères, rappelle que les restaurants de cuisine japonaise et les izakaya continuent d’en accrocher devant leur porte. Le mot akachōchin, « lanterne rouge », désigne d’ailleurs couramment le petit izakaya de quartier. Elle joue devant la porte un rôle d’enseigne comparable à celui du noren, le rideau d’entrée. L’origine précise de la couleur rouge n’est pas établie par les sources consultées ; méfiez-vous des explications toutes faites.

Le chōchin a aussi une fonction religieuse. niponica note que des lanternes aux couleurs vives sont utilisées dans les cérémonies qui accueillent les divinités ou les âmes des ancêtres, et beaucoup de lanternes de temples sont des offrandes, comme celle du Kaminarimon présentée plus bas. Le folklore lui a même donné un double fantastique, le chōchin-obake, un yōkai à l’apparence de lanterne.

Le plus célèbre : la lanterne du Kaminarimon

La porte Kaminarimon du Sensō-ji et sa grande lanterne rouge portant l'inscription 雷門, sous la plaque 金龍山
La porte Kaminarimon, entrée du Sensō-ji à Asakusa, et sa lanterne géante. Photo : Yumiko Yamanaka / Pexels

Un grand chōchin pend sous le Kaminarimon, la porte principale du temple Sensō-ji à Asakusa, à Tokyo. Selon le temple, il mesure 3,9 m de haut et 3,3 m de large pour environ 700 kg. Il porte en grands caractères le nom de la porte, 雷門, « porte du tonnerre ». Pensez à lever les yeux en passant dessous : sa base est ornée d’un dragon sculpté.

Le temple date le début des offrandes de lanternes à la reconstruction de la porte en 1795. Détruite par un incendie en 1865, la porte n’a été rebâtie qu’en 1960, grâce à un don de Matsushita Kōnosuke, fondateur de l’actuelle Panasonic. La lanterne elle-même est remplacée périodiquement ; le dernier remplacement indiqué par le temple date d’avril 2020, le sixième. Le quartier fait partie des étapes classiques de notre guide pour visiter Tokyo.

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Chōchin, tōrō, andon : ne pas confondre

Le français dit « lanterne » pour plusieurs objets que le japonais distingue :

  • le chōchin est en papier, repliable, suspendu ou porté ;
  • le tōrō est une lanterne fixe, souvent en pierre ou en bronze, que l’on voit le long des allées de sanctuaires et dans les jardins. Le sanctuaire Kasuga, décrit dans notre guide de Nara, en compte des milliers ;
  • l’andon est une lampe d’intérieur, du papier tendu sur un cadre de bois ou de bambou autour d’une flamme à huile ;
  • le bonbori est une petite lampe en papier, souvent hexagonale, posée sur un pied ou suspendue, utilisée lors de certaines fêtes.

En voyage : où voir et acheter un chōchin

Pour voir des chōchin, il suffit de se promener le soir dans une rue d’izakaya ou de visiter un sanctuaire pendant sa fête annuelle. Les boutiques de souvenirs des quartiers touristiques vendent des modèles décoratifs, souvent avec le nom du lieu ou une estampe ; vérifiez leur mode d’éclairage prévu avant de les utiliser. Pour un objet artisanal, mieux vaut viser les villes de production.

À Gifu, la fiche du bureau régional du ministère de l’Économie présente CASA stella et un atelier de peinture sur mini-lanterne fabriquée selon les techniques du Gifu chōchin. Elle indique une ouverture de 11 h à 18 h, une fermeture les mercredis et jeudis et une réservation possible en ligne ; à revérifier avant de vous déplacer. À Odawara, la ville signale des ateliers de fabrication du chōchin local, et la maison Yamazaki, en activité depuis l’ère Meiji, produit encore à la main sur commande, avec un délai annoncé d’environ deux mois.

Sources consultées