Furoshiki : origine, tailles et nœuds du tissu d’emballage japonais

Petit paquet enveloppé dans un tissu jaune noué sur le dessus, orné d'une feuille rousse, posé sur une table près de bougies
Photo : Anastasia Shuraeva / Pexels

Un carré de tissu, deux nœuds, et une boîte de gâteaux devient un paquet propre qu’on porte à la main. Le furoshiki (風呂敷) sert au Japon depuis des siècles à transporter, ranger et offrir. Il peut envelopper une boîte de pâtisseries offerte en visite ou servir de sac de courses réutilisable.

Photo de couverture : Anastasia Shuraeva / Pexels. Emballage en tissu noué, photo d’illustration.

Lire le mot : 風呂敷, le tissu qu’on étend au bain

Le mot se compose de 風呂 (furo, le bain) et de 敷 (shiki), le caractère du verbe 敷く (shiku), « étendre, étaler à plat ». On le retrouve dans 敷布団 (shikibuton), le matelas qu’on déplie sur le tatami. Littéralement, le furoshiki est donc « ce qu’on étend au bain ». Deux autres caractères reviennent dans le vocabulaire de cet objet : 包む (tsutsumu, envelopper) et 結ぶ (musubu, nouer). Les manières d’emballer s’appellent d’ailleurs souvent -tsutsumi : hira-tsutsumi, otsukai-tsutsumi, bin-tsutsumi.

D’où vient le furoshiki ?

L’habitude d’envelopper les objets dans un tissu est bien plus ancienne que le mot. Le trésor du Shōsōin, à Nara, conserve des toiles qui servaient à envelopper des costumes de danse au VIIIe siècle. À l’époque de Heian, on parle de koromo-tsutsumi (« emballage à vêtements ») ou de hira-tsutsumi (« emballage plat »), et des peintures montrent des gens portant ces ballots sur la tête.

Le nom de furoshiki vient du bain. Selon l’encyclopédie Heibonsha, les seigneurs reçus aux bains de l’époque de Muromachi (XIVe-XVIe siècles) enveloppaient leurs vêtements dans un tissu, parfois marqué de leur emblème, pour ne pas les confondre avec ceux des autres, puis s’en servaient pour se rhabiller au sec. D’autres explications existent : un tissu étendu sur le plancher du bain de vapeur, ou utilisé pour s’essuyer les pieds. Aucune ne fait l’unanimité, mais la plus souvent retenue est celle des vêtements enveloppés.

Le dictionnaire Nihon kokugo daijiten cite une attestation du mot dans l’inventaire des biens laissés par Tokugawa Ieyasu, daté de 1616 : un « furoshiki en coton de Kokura ». Avec la multiplication des bains publics (sentō) à l’époque d’Edo, les habitants des villes prennent l’habitude d’y apporter leurs affaires dans un tissu, et le nom s’étend à tous les carrés servant à emballer. Le dictionnaire Nihon kokugo daijiten note que hira-tsutsumi et furoshiki s’emploient côte à côte jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, avant que le second l’emporte. Aujourd’hui, pour les bains, le vocabulaire a changé : notre guide des onsen et des sentō détaille ce qu’il faut savoir avant d’y entrer.

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Les marchands d’Edo utilisaient aussi de très grands furoshiki en chanvre, renforcés de sashiko (piqûres de renfort) et marqués du nom ou de l’emblème de la maison. Si ces symboles vous intriguent, notre article sur les kamon, les emblèmes de famille japonais, explique comment les lire.

Vue de dessus d'un paquet emballé dans un tissu vert noué, entouré d'épis séchés, de ciseaux et d'autres petits paquets en tissu
Photo : Anastasia Shuraeva / Pexels. Emballage en tissu noué, photo d’illustration (lieu non précisé).

Déclin et retour : du sac plastique au « furoshiki mottainai »

Après Meiji, les sacs et cartables d’inspiration occidentale, puis les sacs en papier et en plastique, ont réduit la place du furoshiki dans la vie quotidienne. Il est resté présent pour les occasions : cadeaux de mariage, visites, transport des kimonos, un vêtement dont notre article sur les différences entre kimono et yukata détaille les usages.

Son retour est lié aux déchets. Fin 2005, la ministre de l’Environnement Koike Yuriko a présenté un « furoshiki mottainai » (« quel gâchis »), fabriqué dans un tissu issu de bouteilles en plastique recyclées et orné de motifs de fleurs et d’oiseaux du peintre Itō Jakuchū, pour encourager à remplacer les sacs jetables. Le 1er juillet 2020, le Japon a instauré la facturation des sacs de caisse en plastique à anses dans le commerce de détail, avec des exemptions pour certaines catégories de sacs, selon le ministère de l’Économie (METI). Un furoshiki plié au fond du sac peut ainsi servir pour de petites courses.

Quelle taille choisir ?

Les tailles traditionnelles se comptent en haba (幅, « largeur »), d’après la largeur d’un rouleau de tissu tissé à l’ancienne, autour de 35 à 38 cm. On cousait plusieurs largeurs ensemble pour obtenir un carré plus grand. C’est pourquoi un furoshiki n’est souvent pas parfaitement carré : quelques centimètres d’écart entre les côtés sont normaux. Les dimensions varient un peu selon les fabricants ; voici les repères courants :

  • Chūhaba (中幅), environ 45 cm, et shakusan-haba, environ 50 cm : boîte à bento, livre, petite boîte, enveloppe de cadeau. Un tissu de cette taille sert aussi à emballer un bento.
  • Futahaba (二幅), environ 68 à 70 cm : la taille la plus polyvalente. Elle convient à une boîte de gâteaux ou à une bouteille de vin.
  • Nishi-haba (二四幅, de « deux shaku quatre sun »), environ 90 cm : petit sac de courses, deux bouteilles, une bouteille d’1,8 l (isshōbin).
  • Mihaba (三幅), environ 100 cm, et au-delà : transport de gros volumes, nappe, décoration.

Le fabricant kyotoïte Musubi range ses modèles en S (45-50 cm), M (68-70 cm), L (90-120 cm) et XL (130 cm et plus). Si vous n’en achetez qu’un, le format autour de 70 cm couvre la plupart des usages.

Les matières et les couleurs

Les matières traditionnelles sont la soie et le coton. Le crêpe de soie (chirimen) a un toucher souple et sert aux cadeaux soignés ; le coton, plus résistant, se prête aux courses et aux objets lourds. On trouve aussi du polyester et de la rayonne. L’entretien dépend de la matière et de la teinture : suivez les indications du fabricant plutôt que de supposer que tous les tissus supportent le même lavage.

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Certaines couleurs ont un usage codifié : le rouge vermillon pour les célébrations, le violet en signe de respect, l’indigo pour les deuils, et un vert sourd appelé rikyū qui convient aux deux. Le motif karakusa (arabesques végétales), souvent associé dans les mangas au voleur qui porte son butin sur le dos, était à l’origine un motif de bon augure, symbole de prolongation et de prospérité. Pour un cadeau offert dans un cadre formel, un tissu uni ou discret reste le choix le plus sûr.

Deux nœuds et trois emballages de base

Presque tous les pliages reposent sur deux nœuds.

Le ma-musubi (真結び) est un nœud plat qui réunit deux coins. Il tient bien et se défait facilement en tirant l’un des bouts pour le mettre droit. L’erreur courante est le nœud de vache, dont les pointes se dressent verticalement au lieu de rester à plat : il glisse et se défait. Pour l’éviter, inversez l’ordre au second croisement : si le bout droit est passé par-dessus au premier tour, c’est le bout gauche qui passe par-dessus au second.

Le hitotsu-musubi (ひとつ結び) est un simple nœud fait sur un seul coin. Il sert à fermer les côtés d’un sac ou à raccourcir une anse.

Avec ces deux nœuds, trois emballages suffisent pour la plupart des besoins :

  • Otsukai-tsutsumi (« emballage pour les courses ») : posez la boîte au centre du tissu disposé en losange, rabattez le coin proche puis le coin opposé sur elle, en rentrant l’excédent dessous, puis nouez les deux coins latéraux en ma-musubi. C’est le pliage de base pour une boîte.
  • Bin-tsutsumi (emballage de bouteille) : la bouteille debout au centre, deux coins noués au goulot, les deux autres enroulés autour du flacon et noués devant. Certaines versions forment une poignée en torsadant les pointes.
  • Shizuku bag (sac « goutte ») : le tissu plié en triangle, un hitotsu-musubi à chaque coin du côté long, on retourne, puis on noue les deux pointes restantes pour faire l’anse. Le fabricant Musubi conseille un format M ou L.

Les sites de fabricants comme Musubi publient des schémas pas à pas et des vidéos pour chacun de ces pliages ; un premier essai avec une boîte rectangulaire permet de comprendre le principe.

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Offrir un cadeau emballé dans un furoshiki

Dans l’usage traditionnel, le furoshiki protège le cadeau pendant le trajet, comme un sac de grand magasin. Lors d’une visite, on défait donc le tissu devant son hôte, on présente l’objet seul, tourné vers la personne qui le reçoit, puis on replie le furoshiki et on le garde. Quelques détails complètent ce geste :

  • Attendez d’avoir salué et d’être installé pour offrir le cadeau, plutôt que dès l’entrée.
  • Ne déployez pas le tissu en grand sur la table : défaites un nœud et faites glisser l’objet. Déplier un grand tissu se dit justement ōburoshiki o hirogeru, une expression qui signifie aussi « tenir des propos grandiloquents ».
  • Posez le paquet à côté de vous, pas sur la table ni sur le coussin.

Offrir l’objet avec le furoshiki comme emballage réutilisable se pratique aussi, surtout dans un cadre informel ou pour des cadeaux à l’étranger. Cette pratique est plus récente que l’usage classique. En cas de doute dans un cadre formel au Japon, retirer le tissu reste le geste attendu. Pour les mots qui accompagnent ce moment, voyez nos formules de politesse utiles en voyage. Notre sélection d’objets du quotidien japonais place aussi le furoshiki à côté du tenugui et du noren.

Où trouver un furoshiki

Au Japon, on en trouve dans les rayons d’articles japonais des grands magasins, les boutiques spécialisées en furoshiki, les boutiques de musées et de nombreux magasins de souvenirs, avec une qualité très variable. Vérifiez l’étiquette pour la matière et les dimensions : un 45 cm en coton imprimé ne rend pas les mêmes services qu’un 90 cm épais. En France, plusieurs boutiques en ligne d’articles japonais en vendent également. Un tissu de coton carré bien ourlé, de la bonne taille, peut aussi servir pour apprendre les nœuds avant d’acheter un beau modèle.

Sources