Maneki-neko : origine, patte levée et couleurs du chat porte-bonheur japonais

Étagères en bois couvertes de dizaines de maneki-neko blancs aux oreilles rouges, patte droite levée et sans pièce d'or
Photo : Jeffry Surianto / Pexels

Assis sur le comptoir d’une boutique, une patte levée près de l’oreille, le maneki-neko (招き猫, littéralement « le chat qui invite ») compte parmi les porte-bonheur japonais les plus répandus hors du Japon. On le voit sur les comptoirs des commerces japonais comme dans des restaurants asiatiques du monde entier, souvent doré et parfois animé d’un petit moteur. C’est un objet de bon augure (engimono) qui invite la clientèle et la chance. La patte levée, la couleur et l’objet qu’il tient précisent le vœu, selon des conventions qui varient d’une source à l’autre et se sont enrichies avec le temps.

Son origine, elle, n’a pas de réponse unique. Plusieurs temples et sanctuaires de Tokyo revendiquent sa naissance, et seule une partie de ces récits s’appuie sur des traces matérielles. Les sources permettent de distinguer les légendes des figurines attestées, puis de lire les signes portés par les chats actuels.

Étagères en bois couvertes de dizaines de maneki-neko blancs aux oreilles rouges, patte droite levée et sans pièce d'or
Maneki-neko blancs sans pièce d’or, photographiés au temple Gōtoku-ji de Tokyo selon la page Pexels. Photo : Jeffry Surianto / Pexels

Un geste qui n’a pas le même sens partout

Le premier malentendu tient au geste lui-même. Au Japon, on fait signe à quelqu’un de venir en tendant la main paume vers l’avant et en repliant les doigts vers le bas. C’est exactement ce que fait le maneki-neko. Pour un Européen ou un Américain, ce mouvement ressemble plutôt à un « au revoir » ou à un geste pour chasser quelqu’un. L’article de Wikipédia en japonais note d’ailleurs que les chats vendus aux États-Unis sont souvent fabriqués avec la patte tournée dans l’autre sens, dos de la main vers l’avant, pour que le geste soit compris comme une invitation.

Une autre explication circule sur l’origine du geste : celle d’un chat qui fait sa toilette. Un recueil chinois de l’époque Tang, le Youyang zazu, rapporte la croyance selon laquelle un visiteur arrive quand le chat se lave la face et lève la patte plus haut que l’oreille. Cette idée fait écho à la distinction actuelle entre pattes hautes et pattes basses.

Des récits d’origine et une piste documentée à Asakusa

Si vous lisez « berceau du maneki-neko » dans un guide, demandez-vous de quel berceau il s’agit. Les récits les plus cités se situent tous à Edo, l’ancien Tokyo, et ne racontent pas la même chose.

Gōtoku-ji, le chat qui sauve un seigneur de l’orage

C’est la version la plus souvent racontée. Selon le site officiel du temple Gōtoku-ji, dans l’actuel arrondissement de Setagaya, un seigneur revenant de la chasse au faucon passe devant la porte d’un petit temple. Le chat du lieu lui fait signe d’entrer. À peine installé, il voit éclater un orage, échappe à la pluie et profite d’une conversation avec le moine. Ce seigneur est Ii Naotaka, daimyo du domaine de Hikone. Le temple indique qu’il a été reconstruit en 1633 grâce à son soutien ; il est ensuite devenu le temple funéraire de la famille Ii à Edo. Une variante raconte que le seigneur s’abritait sous un arbre, que le chat l’a attiré à l’écart et que la foudre a frappé l’arbre juste après.

Gōtoku-ji écrit le nom de ses chats 招福猫児 : les kanji de « inviter le bonheur » (招福) suivis des caractères 猫児 pour le chat, le tout lu maneki-neko. Ces chats blancs lèvent tous la patte droite et ne tiennent aucune pièce. Le temple en donne lui-même la raison : le chat attire des rencontres, des liens (en), mais ne donne pas le bonheur tout fait. Savoir profiter de ces rencontres dépend de chacun. Hikonyan, la mascotte créée pour les 400 ans du château de Hikone, s’inspire de cette légende.

Asakusa et Imado, la piste des figurines en terre cuite

La deuxième piste mène à l’est de Tokyo, autour d’Asakusa. Le quartier d’Imado produisait depuis le XVIe siècle des poteries et des poupées en terre cuite, l’imado-yaki. Le portail touristique officiel de l’arrondissement de Taitō présente le sanctuaire Imado comme un « lieu de naissance du maneki-neko », parce que des chats en terre cuite y étaient vendus.

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Cette piste a un avantage sur les autres : des objets et des textes datés. Le Bukō nenpyō, chronique d’Edo, raconte pour l’année 1852 l’histoire d’une vieille femme d’Asakusa, trop pauvre pour garder son chat. L’animal lui apparaît en rêve et lui demande de faire des figurines à son image. Elle les vend près du torii du sanctuaire d’Asakusa et les figurines ont du succès. Le journal Fujiokaya nikki, la même année, décrit une vieille marchande installée devant ce torii et vendant des chats d’Imado appelés « marushime no neko » ou « maneki-neko ». Une estampe d’Utagawa Hiroshige de 1852 montre un étal de ces marushime-neko, et des exemplaires ont été retrouvés lors de fouilles. Ils portent au dos un 〆 dans un cercle, jeu de mots sur l’idée de « rafler » l’argent et le bonheur.

Le musée du maneki-neko de Seto situe la naissance du chat dans la ville d’Edo, à la fin de l’époque du même nom, c’est-à-dire au XIXe siècle. C’est la datation la plus prudente qu’on puisse retenir.

Jishō-in et Saihō-ji, deux récits moins connus

Deux autres temples de Tokyo revendiquent aussi une part de l’histoire. Au Jishō-in, à Shinjuku, un chat noir aurait guidé le seigneur de guerre Ōta Dōkan, égaré pendant une bataille au XVe siècle ; le temple est aussi associé à un Jizō à tête de chat, le neko-jizō. Au Saihō-ji, aujourd’hui à Toshima, la légende parle d’une courtisane du quartier de Yoshiwara, Usugumo, et de son chat Tama, qui l’aurait protégée d’un serpent. Une statuette sculptée de ce chat aurait été offerte au temple, puis détruite dans un incendie.

Dans les sources consultées, Gōtoku-ji transmet une légende associée à son chat blanc sans pièce. La piste Imado-Asakusa apporte des témoignages datés sur la fabrication et la vente de figurines, tandis que les deux autres temples sont associés à d’autres récits.

Patte droite, patte gauche : ce que dit la tradition

Les conventions suivantes sont celles que diffusent le musée du maneki-neko de Seto et l’Okage Yokochō d’Ise, qui organise chaque année une fête du chat porte-bonheur. Les fabricants les ont beaucoup enrichies et les sources consultées ne leur donnent pas toutes le même sens.

  • La patte droite levée invite l’argent. Une explication courante, non vérifiée, veut que la plupart des gens manipulent l’argent de la main droite.
  • La patte gauche levée invite les gens, donc les clients et les rencontres.
  • Les deux pattes levées invitent l’un et l’autre, mais certains évitent ce modèle, qui rappelle le geste de quelqu’un qui « lève les bras » et renonce.
  • Une patte levée au-dessus de l’oreille (tenaga) attirerait un bonheur plus grand ou venu de plus loin ; une patte sous l’oreille (temijika), un bonheur proche et modeste.

Ce code est loin d’être universel. Le chat de Gōtoku-ji lève la patte droite sans viser l’argent, et l’Okage Yokochō précise que l’origine de la distinction entre droite et gauche reste incertaine. L’Okage Yokochō cite une autre pratique : associer un chat patte droite et un chat patte gauche pour attirer le bonheur de l’extérieur vers l’intérieur.

Couleurs et objets : lire un maneki-neko

Longtemps, les maneki-neko étaient surtout blancs ou noirs. Selon l’ouvrage Maneki-neko hyakka du Club japonais du maneki-neko, cité par Wikipédia, la multiplication des couleurs date d’une période récente, en partie sous l’effet de la mode du feng shui. Les significations varient d’une source à l’autre. Voici les plus constantes.

  • Le blanc, ou le tricolore blanc à taches noires et rousses des chattes mike, vaut pour la chance en général.
  • Le noir protège du malheur et veille sur le foyer.
  • Le rouge vise la santé, parce que cette couleur passait pour éloigner la divinité de la variole.
  • L’or appelle la prospérité financière.
  • Le rose concerne l’amour.
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Pour le jaune, le vert ou le bleu, les sources ne s’accordent pas : le jaune est associé à l’argent par Wikipédia et aux rencontres par l’Okage Yokochō, qui lie aussi le vert à la réussite aux examens et le bleu à la sécurité routière. Si vous achetez un chat pour un vœu précis, fiez-vous à l’étiquette de la boutique plutôt qu’à un tableau trouvé en ligne.

Deux grands maneki-neko en céramique dans une boutique, ventre orné des kanji 招福 et 大開運, tenant un maillet doré décoré d'un poisson
Maneki-neko en céramique en vente, avec les inscriptions 招福 et 大開運 et un maillet de la chance. Photo : Lana / Pexels

L’objet tenu par la patte libre complète le message. Le modèle le plus vendu porte un koban, la pièce d’or ovale de l’époque d’Edo. Le musée de Seto cite aussi la dorade (tai), le daruma ou un uchide no kozuchi, le maillet magique des contes, ainsi que des produits d’entreprise sur les modèles publicitaires. Les kanji peints sur le ventre se lisent facilement : 招福 (shōfuku, « inviter le bonheur ») et 開運 (kaiun, « ouvrir la chance »), comme sur la photo ci-dessus, ou encore 千客万来 (senkyaku banrai, « mille clients, dix mille visites »), un souhait de commerçant.

Seto, Tokoname et les autres : d’où viennent les chats d’aujourd’hui

Après les poupées d’Imado, la production a quitté Edo pour les régions de céramique. Deux villes de la préfecture d’Aichi dominent son histoire.

Seto se présente comme la première ville de céramique à avoir fabriqué des maneki-neko, à partir de la fin des années 1890 ou du début des années 1900 selon les sources. Son modèle ancien, dit furuseto, est fin, le dos rond, avec un bavoir, et s’inspirerait des poupées de Fushimi, près de Kyoto. La ville abrite le musée du maneki-neko, qui expose la collection de plusieurs milliers de pièces réunie par les animateurs du Club japonais du maneki-neko.

Tokoname a donné au chat sa silhouette la plus connue : grosse tête, deux grands yeux, corps rond et koban dans les pattes. Le musée de Seto date le modèle actuel du début des années 1950, et Wikipédia désigne Tokoname comme le premier producteur du pays. Le long de la promenade des maneki-neko (Tokoname maneki-neko dōri), à cinq minutes à pied de la gare Meitetsu de Tokoname selon l’office de tourisme, une tête géante de 3,8 mètres de haut et 6,3 mètres de large, Tokonyan, dépasse d’un mur en béton. Le long du même mur sont installés 39 chats en céramique façonnés chacun par un artiste de la ville.

D’autres centres existent : les chats peints et dorés de Kutani, longtemps fabriqués surtout pour l’export, les poupées en terre de Fushimi et d’Imado, et les chats en papier mâché de Takasaki, fabriqués comme les daruma de la même ville.

Où voir des maneki-neko au Japon

  • Le temple Gōtoku-ji, à Setagaya (Tokyo), se trouve à 5 minutes à pied de la gare de Miyanosaka (ligne Tōkyū Setagaya) ou 15 minutes de la gare de Gōtokuji (ligne Odakyū). D’après le site du temple, consulté le 17 octobre 2026, l’enceinte est ouverte de 6 h à 17 h et le bureau qui délivre les chats et amulettes de 8 h à 15 h. Les chats du temple coûtent de 500 à 10 000 yens selon la taille, avec des ruptures de stock signalées. Beaucoup de visiteurs déposent leur chat sur les étagères du temple une fois leur vœu réalisé, sans obligation. Le temple demande de ne rien écrire sur les figurines, qu’il considère comme sacrées, et a précisé en août 2026 qu’il ne cautionne aucune visite guidée vendue par des agences, les activités commerciales sur place demandant son accord préalable.
  • Le sanctuaire Imado, à Taitō (Tokyo), est à environ 15 minutes à pied de la gare d’Asakusa selon le portail touristique de Taitō. Il est surtout connu pour favoriser les rencontres amoureuses, avec un couple de chats sur ses plaques votives (ema). Il se combine facilement avec une visite du quartier d’Asakusa, détaillé dans notre guide pour visiter Tokyo.
  • À Seto (Aichi), le musée du maneki-neko ouvre de 10 h à 17 h ; il est fermé le mardi et le mercredi (ouvert les jours fériés) et peut annoncer des fermetures ponctuelles ; vérifiez son calendrier avant de partir.
  • À Tokoname (Aichi), la promenade des chats longe la rue qui relie la gare au pavillon de la céramique (Tōjiki kaikan), où se trouve l’office de tourisme.
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Le 29 septembre est le « jour du maneki-neko », choisi par le Club japonais du maneki-neko pour un jeu de mots : les chiffres 9, 2 et 9 peuvent se lire ku, fu, ku, ce qui évoque kuru fuku, « le bonheur arrive ». Des fêtes ont lieu autour de cette date à Seto et à l’Okage Yokochō d’Ise ; elles s’ajoutent au calendrier des matsuri japonais.

Acheter et rapporter un maneki-neko

Avant d’acheter, posez-vous deux questions : quel vœu, et quel type de lieu. Un chat acheté dans un temple comme Gōtoku-ji est un objet religieux, remis contre une offrande ; une figurine de boutique de souvenirs est un objet décoratif. Gōtoku-ji précise qu’aucune règle n’impose de lui rendre son chat, alors que le daruma, une fois le vœu accompli, est souvent rapporté au temple pour être brûlé.

Pour un cadeau, ajoutez une phrase sur le sens de la patte et des kanji : à l’étranger, la personne qui le reçoit risque sinon d’y voir un chat qui dit au revoir. Comprendre les inscriptions demande peu d’efforts, et c’est un bon exercice pour qui s’intéresse aux kanji : 招 (« inviter ») et 福 (« bonheur ») reviennent partout, des étiquettes de Gōtoku-ji aux comptoirs des magasins. Le même vocabulaire du vœu se retrouve sur les amulettes et les goshuin remis dans les temples. Si vous hésitez sur les gestes à faire en entrant à Gōtoku-ji, un temple bouddhiste, ou au sanctuaire shinto d’Imado, notre article sur la différence entre temple et sanctuaire rappelle les usages de chacun.

Les sources consultées ne permettent pas de fixer une naissance unique du maneki-neko. Elles documentent des figurines vendues à Asakusa au XIXe siècle, des légendes de temples et le développement ultérieur de la production en céramique à Aichi. Le chat blanc sans pièce de Gōtoku-ji et le chat doré à koban du restaurant d’à côté racontent deux idées différentes de la chance.

Sources consultées

Sources consultées le 17 octobre 2026. Horaires, prix et fermetures sont susceptibles de changer.