Vous sortez d’une station de métro à Tokyo avec l’adresse de votre hôtel notée sur le téléphone : 2-21-1, suivie d’un nom de quartier. Vous cherchez une plaque de rue, un numéro sur une façade, une logique de pair et d’impair, et vous en trouvez rarement. La plupart des adresses japonaises ne désignent pas une maison le long d’une rue : elles désignent un îlot, puis une entrée sur le pourtour de cet îlot. Une fois ce principe compris, ces suites de chiffres deviennent lisibles et on se perd beaucoup moins.
Ce guide explique comment se lit une adresse japonaise, pourquoi deux systèmes cohabitent, ce que signifient les plaques fixées aux poteaux électriques, et quelles exceptions vous attendent à Kyoto et à Sapporo.

La réponse courte : du plus grand au plus petit
En japonais, une adresse s’écrit dans l’ordre inverse du nôtre. On part du plus grand ensemble pour finir par le bâtiment :
- le code postal, précédé du symbole 〒, sur sept chiffres (par exemple 〒604-8571) ;
- la préfecture : le plus souvent 県 (ken), mais 都 (to) pour Tokyo, 道 (dō) pour Hokkaidō et 府 (fu) pour Osaka et Kyoto ;
- la municipalité : ville (市, shi), arrondissement (区, ku), bourg ou village ;
- le quartier, souvent divisé en sections numérotées appelées chōme (丁目) ;
- les numéros d’îlot et de bâtiment ;
- enfin le nom de l’immeuble, l’étage ou le numéro d’appartement.
Quand l’adresse est écrite en caractères latins, l’ordre est retourné pour suivre l’usage occidental. La poste japonaise recommande pour le courrier international : nom, puis bâtiment et numéro d’appartement, puis numéro et quartier, puis ville et préfecture, et enfin code postal et pays.
Vous croiserez donc la même adresse sous deux formes. Le système des numéros, lui, ne change pas : c’est lui qu’il faut savoir lire.
Que signifient les trois nombres 1-1-1 ?
Prenons un exemple officiel, celui de la mairie d’Itoshima, dans la préfecture de Fukuoka : 糸島市前原西一丁目1番1号. On lit :
- 前原西一丁目 (Maebaru-nishi itchōme) : le quartier Maebaru-nishi, section 1. Le chōme fait partie du nom du quartier ;
- 1番 (ichi-ban) : l’îlot numéro 1 dans cette section, appelé gaiku (街区) ;
- 1号 (ichi-gō) : le numéro du bâtiment dans cet îlot.
Dans la vie courante, ces trois niveaux sont abrégés avec des traits d’union : Maebaru-nishi 1-1-1. La ville de Tokushima donne la forme officielle de l’abréviation : « 阿波町一丁目1番1号 » devient « 阿波町一丁目1-1 », et pour un logement collectif on ajoute le numéro d’appartement à la suite, comme dans « 1-1-101 ». À l’oral, les Japonais remplacent souvent les traits d’union par « no » : san no go no jū pour 3-5-10.
Une suite de quatre nombres, du type 1-8-1-801, se termine donc presque toujours par le numéro de l’appartement. Si l’immeuble porte un nom (souvent suivi de ビル, biru, « building », ou de マンション, manshon), il figure à la fin de l’adresse japonaise et au début de l’adresse en romaji.
Pour reconnaître ces caractères sur une enseigne ou une confirmation de réservation, il suffit de quelques kanji : 丁目, 番, 号, 市, 区, 町 et les chiffres. Notre article sur ce que sont les kanji explique comment ces idéogrammes fonctionnent, et le guide pour apprendre les bases du japonais avant de voyager donne une méthode pour les mémoriser.
Pourquoi les numéros ne suivent pas la rue
Le Japon utilise deux systèmes d’adresse, et c’est ce qui crée la confusion.
L’ancien système : le numéro de parcelle
Pendant longtemps, une adresse combinait le nom du quartier et le chiban (地番), le numéro de la parcelle au cadastre. Un exemple donné par l’éditeur juridique Gyōsei est « 東京都中央区銀座4丁目38番地 ». Ce numéro sert encore aujourd’hui pour le registre familial (koseki) et pour l’enregistrement foncier. Il a un défaut pour le visiteur : les numéros de parcelle ont été attribués au fil des inscriptions, puis les terrains ont été divisés ou réunis. Deux parcelles voisines peuvent porter des numéros éloignés, et plusieurs logements peuvent partager le même numéro. La mairie d’Itoshima cite les conséquences : courrier en retard ou mal distribué, visiteurs qui ne trouvent pas le bâtiment, secours qui perdent du temps.
Le système de 1962 : l’adresse par îlots
Pour y remédier, le Japon a adopté la loi sur l’indication des adresses (住居表示に関する法律, loi n° 119 de 1962), après un rapport remis au gouvernement en 1961. Le ministère des Affaires intérieures (Sōmushō) précise que les communes l’appliquent, sur décision de leur conseil, aux zones urbaines où les anciennes adresses étaient devenues difficiles à comprendre. On parle de jūkyo hyōji (住居表示).
La loi prévoit deux méthodes. La méthode par rues, avec des voies nommées et des numéros de maison, reste rare : Gyōsei cite une partie de la ville de Higashine, dans la préfecture de Yamagata. La plupart des communes ont choisi la méthode par îlots (街区方式, gaiku hōshiki) :
- le quartier est découpé en îlots délimités par des rues, des voies ferrées ou des cours d’eau ;
- les îlots sont numérotés en partant de celui qui est le plus proche d’un point de référence choisi par la commune, comme la mairie ;
- le pourtour de chaque îlot est divisé, dans le sens des aiguilles d’une montre, en segments d’environ 10 à 15 mètres, numérotés à partir de l’angle le plus proche de ce point de référence ;
- chaque bâtiment reçoit le numéro du segment où se trouve son entrée principale.
Ce mode de calcul explique ce qui déroute les voyageurs. Il y a des trous dans la numérotation (un segment sans entrée ne donne aucun numéro), les numéros pairs et impairs ne se répartissent pas de part et d’autre d’une rue, et deux bâtiments situés dos à dos peuvent porter des numéros très éloignés s’ils ouvrent sur des rues différentes. La mairie d’Itoshima précise aussi qu’un numéro peut s’écarter de cette règle selon la disposition des constructions.
Les deux systèmes coexistent. Le jūkyo hyōji ne couvre que les zones où une commune l’a mis en place, et beaucoup d’adresses rurales ou de quartiers anciens restent en chiban. Elles s’écrivent alors avec 番地 (banchi), par exemple « 3番地5 » ou « 3-5 ». Avec un simple trait d’union, impossible de deviner de quel système il s’agit ; dans les deux cas, on lit du plus grand au plus petit.

Lire les plaques dans la rue
Dans les zones en jūkyo hyōji, les communes posent des plaques d’îlot (街区表示板, gaiku hyōjiban), souvent fixées aux poteaux électriques ou aux murs d’angle, et les habitants reçoivent une plaque de numéro (住居番号板) pour leur porte. La ville de Saitama rappelle que ces plaques sont prévues dans ses quartiers en jūkyo hyōji. Une plaque d’îlot indique en général l’arrondissement, le quartier, le chōme et le numéro d’îlot ; dans les grandes villes, certaines ajoutent une transcription en lettres latines.
En pratique, ces plaques servent surtout à se recaler. Repérez le chōme, puis le numéro d’îlot : si vous cherchez le 2-21-1 et que la plaque indique 2-19, vous êtes dans la bonne section, mais pas encore dans l’îlot recherché. Repérez l’îlot 21 sur un plan, puis cherchez l’entrée numéro 1 sur son pourtour. L’écart entre deux numéros d’îlot n’indique pas une distance à parcourir.
Kyoto et Sapporo : les exceptions qu’il faut connaître
Kyoto : « au nord de tel carrefour »
Dans le centre de Kyoto, tracé en damier depuis la capitale de Heian, on situe un lieu par les rues. L’adresse donne d’abord la rue sur laquelle se trouve le bâtiment, puis la rue transversale la plus proche, et enfin la direction à prendre depuis ce carrefour :
- 上ル (agaru, « monter », écrit 上る dans les adresses officielles) : vers le nord ;
- 下ル (sagaru, « descendre », 下る dans les adresses officielles) : vers le sud ;
- 東入 (higashi-iru) : vers l’est ;
- 西入 (nishi-iru) : vers l’ouest.
La mairie de Kyoto se trouve ainsi au 京都市中京区寺町通御池上る上本能寺前町488 : sur la rue Teramachi, au nord (上る) du croisement avec Oike, dans le quartier Kamihonnōji-mae-chō, au numéro 488. La tour de Kyoto donne de même « 烏丸通七条下る » : sur Karasuma, au sud de Shichijō. Le nom du quartier et le numéro de parcelle restent dans l’adresse, mais pour trouver le lieu, c’est le carrefour qui compte. Dans l’ancien périmètre de la ville, ces mentions figurent aussi dans les adresses officielles ; ailleurs, elles sont couramment utilisées sans avoir de valeur administrative. Le guide complet pour visiter Kyoto vous aidera à situer les quartiers avant de vous lancer.
Sapporo : des coordonnées
Sapporo applique un quadrillage numéroté à partir de deux axes qui se croisent dans le centre-ville. La mairie y a pour adresse 札幌市中央区北1条西2丁目 : Kita 1-jō Nishi 2-chōme, c’est-à-dire la première rangée au nord (北, kita) et la deuxième colonne à l’ouest (西, nishi) de ce centre. Là, le chōme mesure une distance est-ouest, ce qui n’a rien à voir avec son sens habituel.
Trouver concrètement une adresse en voyage
- Gardez l’adresse en japonais. Une adresse en romaji peut fonctionner dans une application de cartographie, mais la version en kanji évite les erreurs de transcription quand vous la montrez à un chauffeur de taxi ou à un policier. Elle figure souvent sur la confirmation de réservation, sinon sur le site officiel du lieu.
- Cherchez d’abord le code postal ou le quartier. En cas de doute sur la transcription, ils permettent de vérifier qu’on cherche au bon endroit.
- Fiez-vous à la sortie de gare et aux repères. Les Japonais eux-mêmes donnent rarement une adresse seule : sites officiels et cartes de visite indiquent la station, la sortie et un plan d’accès.
- Utilisez le kōban. Ces petits postes de police de quartier, généralement signalés par une lumière rouge, sont faits pour renseigner. L’office du tourisme de Kyoto précise qu’on peut y demander son chemin, que les agents peuvent utiliser un service d’interprétariat par téléphone si personne ne parle anglais, et que tous les kōban ne sont pas ouverts 24 heures sur 24. Montrez simplement l’adresse sur votre écran après un « sumimasen » ; notre liste de formules de politesse utiles en voyage vous donne les autres expressions de base.
- Pour envoyer une valise, recopiez l’adresse exacte. Le takkyūbin, le service d’envoi de bagages entre hôtels, demande l’adresse complète de l’hébergement suivant ; demandez-la à la réception en japonais plutôt que de la reconstituer vous-même.
Une adresse de Tokyo se lit comme une poupée gigogne, quartier, section, îlot, entrée ; à Kyoto, comme une indication donnée à un carrefour ; à Sapporo, comme des coordonnées sur une grille. Pour préparer un séjour dans la capitale, notre guide pour visiter Tokyo présente les principaux quartiers.
Sources
- Ministère des Affaires intérieures et des Communications (Sōmushō), présentation du système 住居表示, consulté le 15 octobre 2026.
- Gyōsei, définition juridique du 住居表示 (méthodes par îlots et par rues, numérotation des segments), consulté le 15 octobre 2026.
- Ville d’Itoshima, explication du système d’adresse, consulté le 15 octobre 2026.
- Ville de Tokushima, écriture et abréviation des adresses, et ville de Saitama, plaques d’îlot et de numéro, consultés le 15 octobre 2026.
- Japan Post, How to Write the Address and Name et recherche de code postal à sept chiffres, consultés le 15 octobre 2026.
- Ville de Kyoto, accès à la mairie, tour de Kyoto, page d’accès, et Wikipédia en japonais, 京都市内の通り, consultés le 15 octobre 2026.
- Wikipédia en anglais, Japanese addressing system (désignations des préfectures, plaques sur poteaux, système de Sapporo), consulté le 15 octobre 2026.
- Ville de Sapporo, site officiel (adresse de la mairie), et Kyoto City Official Travel Guide, Emergency (kōban), consultés le 15 octobre 2026.
